L’Été – École flamande, première moitié du 17e siècle

Huile sur cuivre parqueté. École Flamande du début du XVIIe siècle.

Notre composition est une allégorie saisonnière de l’été mettant en scène des paysans s’affairant dans un charmant un paysage champêtre. Au premier plan, à l’orée d’un bois, un vieil homme aidé d’une jeune fille tond un mouton dont l’artiste représente les fils de laine passant à travers les lames d’un ciseau. Alors que d’autres ovins attendent avec inquiétude leur tour, un petit groupe d’individus prépare le repas pour une pause bien méritée. Derrière eux, les paysans récoltent le blé dont chaque épi est matérialisé par un fin trait doré. Alors que certains le fauchent, d’autres les assemblent en bottes et les chargent sur une charrette tractée par deux bœufs. La récolte sera sans doute amenée plus tard à ce moulin que nous apercevons dans le fond de la composition. A droite, près du village, des patriciens richement vêtus partent à la chasse. Ainsi va la division du travail dans cette campagne d’été dont la végétation verdoyante offre de la profondeur à cette scène pastorale habilement exécutée. 

Ce tableau est une interprétation flamande du cycle des saisons peint par le vénitien Jacopo Bassano au XVIe siècle. Son amour pour les paysages vient du fait qu’il habita longtemps le petit village de Bassano del Grappa dans le Nord de la Vénétie, où la campagne environnante put lui servir d’inspiration. Enraciné localement, Jacopo n’en demeure pas moins un artiste humaniste inspiré par les plus grands artistes qu’il a pu admirer durant son apprentissage à Venise. Dès lors, il fait œuvre de synthèse en accommodant les acquis de la Renaissance à des thèmes issus de la ruralité. Si Bassano disséminait des sujets sacrés dans ses Saisons, notre artiste livre ici une œuvre à mi-chemin entre le paysage et la scène de genre, propre à ravir le goût des collectionneurs de peinture de cabinet. Loin d’être un simple copiste, notre peintre est un virtuose de la tradition du paysage anversois n’ayant rien à envier au talent des artistes italiens. Dénuée de contenu moral ou religieux, cette composition offre de fins détails lumineux qui transmettent une impression de chaleur estivale dont on imagine qu’elle égaya le regard d’un connaisseur durant les longs mois d’hiver.  

Nous avons choisi de vous présenter cette précieuse peinture dans un délicat cadre en bois doré et placage d’écaille de tortue.

Dimensions : 20,4 x 28 cm – 29,3 x 36,8 cm avec le cadre

Jacopo Bassano (Bassano del Grappa c. 1510 – id. 13 fév. 1512) commence son apprentissage dans l’atelier vénitien de Bonifacio de Pitati dans les années 1530. Travaillant principalement à des décorations d’églises, il s’inspire notamment du maniérisme de Pordenone. Influencé par les gravures de Titien et Raimondi, il sait toutefois aussi travailler d’après nature. A partir des années 1560, il se libère du maniérisme en se recentrant sur le traitement des contrastes lumineux. Ses peintures sacrées traitées dans une veine pastorale connaissent un succès tel qu’il fonde un atelier avec son fils Francesco. Dans les années 1575, il représente des scènes bibliques dans de petits paysages où se tiennent parallèlement des scènes de genre, à l’instar de l'Été qui inspira notre peintre. Signe de l’estime dont il jouissait auprès de ses pairs, Véronèse le représente à ses côtés, avec Titien et Tintoret, en train de jouer de la musique dans Les noces de Cana conservées au Louvre.

Bibliographie :

  • Bassano et ses fils dans les musées français, (cat. exp., Paris, Louvre, 18 juin – 21 septembre 1998), Paris, Réunion des musées nationaux, 1998.

  • REARICK W. R., « Jacopo Bassano's Later Genre Paintings , May, 1968, Vol. 110, No. 782 (May, 1968), pp. 241-249.

  • TOM Nichols, « Jacopo Bassano, Regionalism, and Rural Painting », , 41.2 2018, pp. 147-170.

  • THIERY, Yvonne, Les peintres Flamands de paysage au XVIIe siècle, Bruxelles, Lefebvre et Gillet, 1988.

7 400 €