Idolâtrie du roi Salomon – attribué à Hieronymus Francken III (1611 – 1661)

Huile sur cuivre. Flandres, première moitié du XVIIe siècle, attribué à Hieronymus Francken III.

Réuni avec sa cour dans un riche décor palatial fermé par un lourd rideau pourpre, Salomon se prosterne devant les idoles. A droite, une courtisane vêtue de prune et de vert nous invite à contempler cette scène sacrilège. En effet, Salomon viole la loi divine transmise par Moïse au peuple juif, dont il est le roi, selon laquelle l’homme « ne fera point d'idole, ni une image quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux au-dessous de la terre ». Il s’est ainsi laissé corrompre par ses sept cents épouses et trois cents concubines dont quelques-unes sont ici représentées, au premier rang desquelles la reine de Saba qui l’encourage directement. D’un geste de la main, elle désigne l’objet à adorer : une magnifique statue d’or représentant Jupiter, juchée sur un piédestal de porphyre.  Le sceptre et la couronne abandonnés devant l’autel manifestent l’abdication du roi face à cette nouvelle foi. Au premier plan, un petit braséro vient sans doute de servir au rituel sacrificiel qui consiste pour les vestales à verser sur le feu un mélange de farines appelé mola salsa. Peut-être ce sacrifice a-t-il eu lieu dans ce temple que nous voyons en construction à l’arrière-plan et dont la rotondité n’est pas sans rappeler le temple de Vesta qui abritait le feu sacré à Rome.

De nombreux artistes septentrionaux livrent leur interprétation de ce sujet qui sert d’illustration à la querelle des images entre catholiques et protestants. Frans Francken II a peint de nombreuses fois L’idolâtrie de Salomon selon une manière qui s’apparente fortement à notre peinture, en particulier dans une version datée des années 1610 dont la composition, les détails et les figures sont identiques. Notre tableau est vraisemblablement une version contemporaine réalisée par son fils, Hieronymus Francken III, qui travailla dans l’atelier familial anversois. Hieronymus déploie ici tout son talent pour représenter une foule de courtisans à l’allure cosmopolite dont les habits rappellent ceux des Ottomans qui assiégèrent Vienne au début du XVIe siècle. Ne sacrifiant nullement la qualité d’exécution à la quantité des protagonistes, il consacre un soin particulier aux figures dont la multiplicité confère de la vie à la composition. En dépit de ces nombreux détails, l’ensemble demeure lisible grâce à la division habile de la scène selon un axe oblique auquel le paysage en arrière-plan offre une respiration bienvenue.

Nous avons choisi de vous présenter cette peinture dans un cadre à profil renversé en bois noirci.

Dimensions : 54 x 71 cm – 68 x 85 cm avec le cadre.

Biographie : Hieronymus Francken III (Anvers, 1611 – id. après 1661) est le second fils du peintre Frans Francken II qui, au côté de Jacob van der Lamen, lui enseigne la peinture. Il est fait maître de la guilde de saint Luc d’Anvers en 1645. Si au sein de l’atelier la production de chacun des fils de Frans Francken II peut être difficile à distinguer, on sait que Hieronymus s’est spécialisé dans les peintures des scènes bibliques à l’instar de cette Idolâtrie de Salomon.

Bibliographie :

  • HARTING, Ursula, , Freren, Luca, 1989.

  • La dynastie Francken, dir. Sandrine Vézilier Dussart, (cat. exp., Cassel, Musée de Flandre, 4 sept. 2021 – 2 jan. 2022), In Fine, 2020.

  • REAU, Louis, , 3 vol. Paris, Presses Universitaires de France, 1959.

  • SPETH-HOLTERHOFF, Simone, , Bruxelles, Elsevier, 1957.

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