Figure de Judith – Florence XVIIe siècle, attribué à Mario Balassi (1604 – 1667)

Huile sur toile. École Florentine de la première moitié du XVIIe siècle.

Notre composition s’inscrit dans la tradition des portraits de femme en buste dont les ancêtres sont la Joconde de Léonard ou la Velata de Raphaël. Ici, une jeune princesse est représentée en buste de trois quart, sa chevelure blonde se détachant librement vers la droite où porte également son regard. Empreint d’une évidente influence caravagesque, la lumière zénithale de cette composition offre à notre regard les chairs immaculées de la jeune dame. Son vêtement d’un vert profond, tenu sur les épaules par deux fibules serties d’onyx noir poli, est également orné de quelques pierres précieuses, le tout magnifié par de riches parures de perles. Le soin apporté à l’exécution de sa toilette appuyant l’importance de son rang. Les perles sur les portraits féminins de l’époque symbolisaient en effet l’assise financière des familles auxquelles elles appartenaient. C’est ainsi que Santi di Tito couvrait de perles Marie de Médicis dans le portrait qu’il fit d’elle en 1600 pour son mariage – son père le grand-duc Ferdinand Ier ayant d’ailleurs accordé 600.000 ducats de dot à Henri IV.

L’arrière-plan est constitué d’une draperie rouge ondulée, ce choix s’inscrivant dans le goût de l’époque pour les fonds abstraits, propre à attirer l’attention sur le sujet. Avec un regard détaché qui ne rencontre pas celui du spectateur, elle renvoie une impression de détermination et de mélancolie. Cette attitude conjuguée à l’aspect aérien de sa chevelure imprime du mouvement à la composition. Ce type de représentation n’est pas courant pour les portraits de l’époque qui tendaient à figer leur modèle pour les extraire du temps éphémère. Cela autorise à penser que ce portrait pourrait s’intégrer dans une composition plus vaste.

Ce portrait est à mettre en rapport avec la Judith décapitant Holopherne par Mario Balassi (1604-1667), conservée au Musée des Beaux-Arts de Nantes, sur lequel on retrouve la même jeune femme. La robe est identique à celle portée par notre protagoniste : verte, avec des manches blanches, certaines parties décorées de pierres précieuses. Le décolleté laisse entrevoir une poitrine ceinte de fils d’or et de perles. Les deux femmes arborent une tiare de perles, avec une différence pour notre peinture où figure au milieu de celle-ci une pierre précieuse sertie. Le drapé rouge en arrière-plan de notre portrait est semblable à celui de la Judith de Nantes. L’influence d’Artemisia Gentileschi n’est pas étrangère à ce goût pour le coloris brillant des tissus, à l’emploi d’un grand drapé rouge et à la grâce des personnages.

Une seconde version de ce tableau est conservée au musée de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, avec quelques variations dans la position des protagonistes. La similitude de cette version avec notre tableau est encore plus frappante, les visages étant identiques, présentant cette même expression subtile. La proximité entre notre portrait et ces diverses interprétations, nous proposons une attribution à Mario Balassi ou à un peintre ayant collaboré avec lui. Cette peinture d’une grande expressivité est vraisemblablement une étude isolée par le peintre pour la constitution des scènes vétérotestamentaires conservées à Paris et à Nantes.

 

Nous avons choisi de vous présenter notre peinture dans un cadre à casseta de la région des Marches (Italie centrale) en bois noirci et doré.

Dimensions : 60,5 x 50 cm – 82,5 x 72,5 cm avec le cadre

Mario Balassi (Florence, 1604 – 03.10.1667) étudie auprès des peintres Jacopo Ligozzi, Matteo Rosseli et Passignano. Ce dernier emmène son élève à Rome à la fin des années 1620 pour qu’il l’assiste dans ses commandes auprès de la curie. Ainsi Balassi a-t-il copié une Transfiguration de Raphaël pour le compte de Taddeo Barberini (conservée aujourd’hui dans l’église des Capucins de Rome). Protégé du prince Ottavio Piccolomini, il l’accompagne à Vienne où il aura l’occasion de peindre le portrait de l’empereur Ferdinand III. C’est également à cette période qu’il aurait peint une Madone aujourd’hui conservée à la Galerie Impériale de Vienne. De retour en Italie, il peint de nombreux maîtres autels à Prato, Florence et Empoli.

Bibliographie :

  • BALDASSARI, Francesca, La pittura del seicento a Firenze, Florence, Robilant & Voena, 2009

  • CANTELLI, Giuseppe, Repertorio della pittura fiorentina del seicento aggiornamento, Florence, Bandecchi & Vivaldi, 2009 ;

  • Florence, Portraits à la cour des Médicis, (cat. exp., Paris, Musée Jacquemart-André, 11 Septembre 2015-25 Janvier 2016), Paris, Culturespaces, 2015.

  • SARRAZIN, Béatrice, Catalogue raisonné des peintures italiennes du musée des Beaux-Arts de Nantes, Paris, Editions RMN, 1994 ;

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