Saint Jérôme – Flandres XVIe siècle, suiveur de Joos van Cleve

Huile sur panneau. Ecole flamande du XVIe siècle, Suiveur de Joos van Cleve.

L’iconographie de saint Jérôme s’enrichit considérablement à la Renaissance avec la diffusion des écrits du jurisconsulte bolonais Giovanni d’Andrea qui, en 1348, fixe les textes relatifs au saint. Parmi ces textes, La Légende dorée de Jacques de Voragine avait brodé un canevas romanesque autour de saint Jérôme. Elle devint ainsi une source d’inspiration majeure pour les artistes. Les épisodes de sa vie les plus représentés sont sa Retraite au désert, ses Visions et enfin le thème du Savant dans sa cellule, qui est l’objet du présent tableau.

Notre composition représente le docteur de l’Eglise assis face au spectateur devant son pupitre, plongé dans ses pensées, alors qu’il est occupé à traduire la Bible du grec au latin à la demande du pape Damase. Son lion serait-il à ses pieds en train de ronronner ? Nous ne le saurons pas, l’artiste ayant choisi de composer à partir du plateau de son bureau. La cellule du savant est sobre, seule une fenêtre à gauche vient l’éclairer, sur le rebord de laquelle est posé un sablier, symbole de sa retraite dans le désert qui durait le jour et la nuit. Sur le mur de droite, une carafe est posée sur une étagère : elle symbolise la Vierge en tant qu’enveloppe du Christ. Nulle distraction dans cette morne pièce ne viendra détourner le savant de la tâche qu’il accomplit. En effet, nous le voyons en plein effort de réflexion, une main posée sur la tempe, œuvrant à l’écriture de la Vulgate comme le montrent le livre ouvert, la plume et l’encrier. L’autre main pointe un crâne, symbole de sa pénitence, devant lequel reposent ses bésicles, symbole de son intellect. A côté du crâne, un cierge éteint représente le caractère fugace de la vie. Vêtu de pourpre et coiffé du chapeau cardinalice, saint Jérôme est ici représenté dans sa fonction de docteur de l’Eglise. Mélangeant les références iconographiques, notre peinture combine ainsi plusieurs topos de représentation du saint. Ce tableau humaniste est à la fois une ode à l’œuvre du saint et une vanité qui appelle à l’humilité au travers les multiples memento mori que l’artiste a disséminés.

C’est Albrecht Dürer qui, dans les années 1510, adopte les schémas de représentations initiés par les artistes italiens en gravant une première fois le saint en train d’écrire la Vulgate. En 1521, pendant un séjour à Anvers, le maître Nurembergeois peint une seconde itération du saint dans sa cellule, en resserrant la composition au niveau de son pupitre. Pour la première fois, saint Jérôme est représenté le doigt pointé sur un crâne et la tête posée sur l’autre main.  Joos van Cleve, qui a dû fréquenter Dürer pendant son séjour anversois, décline de nombreuses fois ce schéma de représentation dès la même année. Il rend encore plus explicite la vanité en inscrivant sur le mur les mots « HOMO BULLA » (l’homme est une bulle).

Notre œuvre, directement inspirée de celle de Joos van Cleve, est à double titre un vibrant hommage à l’humanisme de la Renaissance. D’une part, elle témoigne de l’importance de la gravure dans la diffusion des connaissances et du goût, dans ce qu’on appelait alors la République des lettres. D’autre part, ce tableau érige le savoir lettré, la patience et l’intellect en vertus cardinales ; à ce titre, il est une préfiguration chrétienne d’Erasme. Enfin, cette composition fait figure d’ultime témoignage de la concorde catholique qui régnait avant que la Réforme des années 1520. En effet, quand Joos van Cleve peindra à nouveau saint Jérôme en 1542, celui-ci ne sera plus le savant apaisé, concentré dans son étude, mais une figure troublée et agitée par l’hérésie des faux prophètes et l’imminence du jugement dernier.

Nous avons choisi de vous présenter l’œuvre dans un cadre à entablement en bois sculpté et doré de style.

Dimensions : 42,5 x 35 cm – 59 x 54 cm avec le cadre

Joos van Cleve (Clèves c.1485 – Anvers 1540) est mentionné sous le nom de « Joos van der Beke alias van der Cleve » dans les documents légaux anversois. Apprenti de Jan Joest (c. 1455-1517), qu’il assiste dans la réalisation d’un maître autel pour l’église Saint Nicolas de la ville de Kalkar. Vers 1508, il immigre dans les Flandres, passant par Bruges avant de s’installer à Anvers où il est nommé maître de la guilde de saint Luc en 1511. A partir de 1529, on peut déduire de son absence des registres anversois qu’il voyagea en Europe, notamment en Italie et en France où il peignit le portrait de François Ier vers 1530. De retour à Anvers en 1535 où il meurt cinq ans plus tard.

 

Œuvres en rapport :

  • Albrecht DURER, , 1514, gravure sur cuivre, 24.7 x 18.8 

  • Albrecht DURER, , c.1521, huile sur panneau, Lisbonne, Musée national d’art

  • Joos VAN CLEVE, , 1521, huile sur panneau, 99.7 × 83.8 cm, Cambridge, Harvard Museum

  • Joos VAN CLEVE, , 1528, huile sur panneau, 39.7 x 28.8 cm, The art museum of Princeton University

 

Bibliographie :

  • HAND John Oliver, , New Haven: Yale University Press, 2004.

  • HAND John Oliver, « "Saint Jerome in His Study" by Joos van Cleve », Record of the Art Museum, Princeton University, 1990, Vol. 49, No. 2 (1990), pp. 2-10.

  • LEEFLANG Micha, Brepols, 2015.

  • REAU, Louis, , 3 vol. Paris, Presses Universitaires de France, 1959.

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